Histoire et objet de la philosophie

HISTOIRE ET OBJET DE LA PHILOSOPHIE

 

 

  1. L’Antiquité, Science universelle et sagesse.

 

Une tradition, rapportée par Cicéron (106-43 av. J.-C.) attribue la création du mot philosophie au mathématicien grec Pythagore (580-500 av. J.-C.) qui vivait à la fin du VIe siècle avant Jésus-Christ. A des amis qui lui demandaient s’il se considérait comme un savant (en grec, sophos) il répondit qu’il se considérait plus modestement comme un philosophos, c’est-à-dire un ami (philos) de la sagesse (sophia).

 

La philosophia ou philosophie serait donc littéralement l’amour de la sagesse. Mais ce terme de sagesse déborde très largement, dans l’Antiquité classique, le sens qu’il a pris de nos jours, où il désigne la sérénité de l’homme droit, instruit par l’expérience, capable de prendre des décisions conformes à la raison. L’action juste et raisonnable, en effet, doit être, aux yeux du philosophe grec, informée par une connaissance approfondie de l’essence et de la signification du monde et de ses rapports avec la nature humaine. C’est dire que la philosophie est d’abord une science universelle, théorique et désintéressée. Dépourvue de toute fin pratique immédiate, elle ne doit pas être confondue avec le savoir-faire de l’artisan (désigné également sous le nom de sophia (les quatre sens principaux du mot sophia sont : 1°) l’habileté manuelle de l’artisan ou de l’artiste. 2°) la science ou philosophie 3°) la sagesse pratique 4°) en mauvaise part la ruse. ) Elle vise en principe à la connaissance intelligible de l’Univers. Elle veut à la fois édifier un système rationnel du monde et préciser les rapports de l’homme avec la réalité extérieure. Cependant, la distinction posée par Pythagore entre la sophia et la philosophia conserve tout son sens. Le vrai philosophe ne prétend pas détenir la vérité au moyen d’un système définitif qu’il suffirait de communiquer à autrui. Il reste, avant tout, le chercheur, l’homme capable de s’étonner, celui qui ne confond pas l’habitude et l’évidence, l’homme qui sait que la vérité ne s’apprend pas mais qu’elle se dévoile, peu à peu à l’incessante interrogation de l’homme capable de penser par lui-même.

 

Avec Socrate (470-399 av .J.-C.), l’homme devient l’objet essentiel de la réflexion du philosophe. Socrate ne prétend pas enseigner dogmatiquement la science, mais la faire découvrir et il appelle lui-même maïeutique (c’est-à-dire « enfantement ») la technique d’interrogation subtile et familière qu’il pratique, dans la rue, avec les auditeurs de bonne foi. Il est « accoucheur d’esprits » dit-il, comme sa mère, la sage-femme Philarète, accouchait les corps. Il pose à l’auditeur ignorant d’habiles questions, l’obligeant à reconnaître son ignorance ou ses préjugés, le contraignant à « faire sortir », par l’analyse précise de notions comme celles de justice et de vertu, de science, et par leur confrontation avec l’expérience quotidienne, les vérités qu’il possédait inconsciemment en lui. « Connais-toi toi-même » (Gnôthi Seauton), telle était le devise empruntée par Socrate à l’inscription gravée au fronton du temple de Delphes.

 

Platon (429-347 av. J.-C.), le disciple de Socrate, met davantage l’accent sur la science, comme objet de la philosophie. « Que nul n’entre ici, s’il  n’est géomètre » pouvait-on lire à la porte de l’Académie où il enseignait. Les concepts purs et dépouillés de la science mathématique, sont un exemple de la véritable réalité, celle des idées ou modèles éternels des choses situés dans le monde idéal du Bien, du Beau et du Vrai, modèles dont les objets terrestres connus par les sens ne sont que de très imparfaites copies. La démarche philosophique, symbolisée  par l’admirable mythe des prisonniers de la Caverne, consiste à s’élever du monde sensible des apparences au monde intelligible des idées, ou vraies essences des choses, et de là, à l’Idée du Vrai en soi, confondue avec l’Idée suprême du Beau et du Bien. Le programme d’études assigné au futur philosophe comprend cinq sciences fondamentales, axées sur l’étude générale des relations mathématiques abstraites (arithmétique, géométrie plane, géométrie dans l’espace, astronomie, musique) et se termine par l’étude de la dialectique (art de la définition, de la réfutation et de la démonstration), qui est l’application des règles du raisonnement correct à l’étude des problèmes importants qui se posent à l’homme.

 

L’élève de Platon, Aristote (384-322 av. J.-C.), est l’auteur d’une des plus vastes encyclopédie philosophiques de l’histoire de la pensée. Elle embrassait la totalité du savoir de l’époque. Il nous en reste l’Organon , la première œuvre de Logique systématiquement codifiée, des traités de Métaphysique, de Physique, d’Histoire Naturelle, de Morale, de Politique, de Rhétorique, et des fragments d’une étude de psychologie, dont le plus important est le Traité de l’âme.

 

 Source : La connaissance par T.Oriol et G. Mury Ed. Didier 1968



Article ajouté le 2007-05-11 , consulté 262 fois

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